Des écrans volatils de la Bourse à la solidité de la pierre : pourquoi l’immobilier reste le premier refuge en Turquie ?

Si nous voulons comprendre les raisons des turbulences actuelles sur les marchés financiers turcs, ainsi que les fortes fluctuations observées sur la Bourse (BIST 100) et les liquidations de fonds d’investissement, il n’est pas nécessaire de se plonger dans des équations économiques complexes. L’histoire se résume simplement à l’écart entre « l’investissement virtuel » sur les écrans et « l’investissement réel » et tangible sur le terrain.

Premièrement : que s’est-il passé sur la Bourse et les fonds d’investissement, en termes simples ?

Les marchés financiers turcs ont connu une vague de baisse et de liquidations rapides, suscitant l’inquiétude d’une large partie des investisseurs. Cette situation peut être résumée autour de trois facteurs principaux :

  • Les modifications de la Capital Markets Board (SPK) : l’autorité de régulation a introduit de nouvelles règles concernant le fonctionnement des fonds d’investissement et les taux de flottant des actions, dans le but de protéger le marché et de le réorganiser à long terme.
  • La chaîne des ventes forcées (Margin Calls) : alors que des milliers d’investisseurs ont demandé le rachat de leurs investissements dans certains fonds, les sociétés de courtage et les banques ont été contraintes de demander aux investisseurs ayant recours à l’effet de levier, c’est-à-dire ceux ayant acheté des actions à crédit, de fournir rapidement des liquidités afin de couvrir leurs pertes.
  • La liquidation forcée : afin d’obtenir des liquidités immédiatement disponibles, les fonds et les investisseurs se sont mis à vendre leurs actions de manière massive et rapide. Cela a entraîné un recul temporaire des indices et déclenché les mécanismes de « coupe-circuit » (Devre Kesici) destinés à protéger la Bourse.

L’essentiel à retenir est que cette situation n’était pas due à des faillites d’entreprises ou à une contraction du produit intérieur brut, mais plutôt à une « tempête technique et réglementaire » concentrée sur les écrans et au sein des marchés financiers.

Deuxièmement : pourquoi l’investissement immobilier devient-il un « refuge » en Turquie ?

Lorsque les marchés financiers et les actions traversent des périodes de turbulences, une règle fondamentale de l’investissement refait surface : « le capital recherche toujours la sécurité avant le rendement ».

Dans ce contexte, l’immobilier apparaît comme l’un des remparts les plus stables de l’économie turque pour plusieurs raisons essentielles :

  • Un actif tangible à l’abri des fluctuations liées à l’effet de levier : contrairement aux actions et aux fonds, qui peuvent perdre plusieurs points de leur valeur en une seule séance en raison d’un « Margin Call », l’immobilier est un actif tangible qui n’est pas soumis aux liquidations forcées et qui n’est pas directement affecté par la peur momentanée des investisseurs.
  • Une protection naturelle contre l’inflation (Inflation Hedge) : en Turquie, l’immobilier est considéré depuis plusieurs décennies comme l’un des instruments permettant de préserver le pouvoir d’achat et le capital face à l’inflation. La valeur de marché des actifs immobiliers et les loyers évoluent généralement à la hausse en fonction du contexte inflationniste.
  • La transition vers un cycle d’assouplissement monétaire : alors que la Banque centrale de Turquie devrait s’orienter vers une baisse des taux d’intérêt, les rendements des dépôts bancaires pourraient progressivement diminuer. Les liquidités sortant de la Bourse et des dépôts peuvent ainsi se réorienter vers l’immobilier afin de profiter d’une éventuelle appréciation future des prix.

Troisièmement : résumé comparatif de la performance des différents instruments d’investissement

Instrument d’investissementNature des risques actuelsNiveau de stabilité et de contrôlePerspectives de rendement pour la période à venir
Actions et fonds d’investissementTrès élevé (volatilité réglementaire et effet de levier)Faible (dépend des mouvements des marchés et des ventes forcées)Volatil et nécessitant une expertise ainsi qu’une analyse régulière
Dépôts bancairesMoyen (diminution progressive avec la baisse des taux)Élevé à court terme / en diminution à l’avenirBaisse progressive dans un contexte d’assouplissement monétaire
Investissement immobilierTrès faible (actif tangible et physique)Contrôle élevé (propriété immobilière et actif réel)Appréciation du capital à long terme + revenus locatifs réguliers

Quatrièmement : perspectives d’avenir et opportunités sur le marché immobilier

Les crises et les fluctuations financières successives montrent que l’économie réelle fondée sur des actifs tangibles tend à conserver une place importante dans les stratégies d’investissement. Les liquidités actuellement retirées des fonds et de la Bourse ne représentent pas nécessairement une disparition des capitaux, mais peuvent correspondre à une réorientation vers des actifs perçus comme plus sûrs.

Avec la mise en œuvre du programme économique, la baisse progressive de l’inflation et des risques souverains, le secteur immobilier en Turquie, notamment dans les régions bénéficiant d’une forte attractivité touristique et d’un potentiel d’investissement important, pourrait entrer dans une nouvelle phase de croissance plus stable et de reprise des prix.

Dans ce contexte, l’acquisition d’un bien immobilier et la détention d’actifs tangibles peuvent constituer une stratégie visant à préserver le capital et à rechercher un équilibre financier sur le long terme.

Par : Abdülaziz Al-Kashif

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